Le GIE : coopérer sans fusionner
Le GIE est une structure juridique pensée pour permettre à plusieurs acteurs économiques de mettre en commun certains moyens afin de développer leur activité respective. Contrairement à une société commerciale (SAS, SARL…), il n’a pas pour vocation de réaliser un bénéfice propre. Sa finalité est de renforcer et de faciliter l’activité de ses membres. Cette caractéristique en fait un outil singulier : le GIE a sa propre personnalité morale, doit ouvrir un compte bancaire, peut signer des contrats, acheter du matériel ou embaucher du personnel, mais il ne remplace pas les entreprises qui le composent. Un micro-entrepreneur, une EI, une EURL ou une SASU peuvent en faire partie sans modifier leur statut, sans partager leur capital ni perdre leur clientèle. Pour un freelance, cela signifie qu’il reste maître de son activité tout en s’inscrivant dans une dynamique collective structurée. Le GIE n’est pas une “fusion” : c’est une infrastructure commune au service d’entités juridiquement indépendantes.Un fonctionnement aligné avec les réalités du freelancing
Le GIE prend tout son sens lorsqu’il s’agit de répondre à un besoin fréquent : travailler à plusieurs sur un même projet. Le client souhaite un interlocuteur unique et une seule facture ; les freelances veulent conserver leur autonomie. Avec un GIE, ces deux exigences sont compatibles. Le mécanisme est simple : le GIE facture le client final, puis les membres facturent le GIE selon leur contribution. Cette organisation a plusieurs effets positifs : elle simplifie la relation commerciale, renforce la crédibilité de l’équipe et fluidifie la gestion des dossiers. Au lieu de disperser devis, contrats et échanges entre trois ou quatre indépendants, le client n’échange qu’avec une entité structurée, ce qui augmente les chances de remporter des marchés plus importants. L’autre avantage, particulièrement intéressant pour les micro-entrepreneurs, concerne la gestion des achats nécessaires à la réalisation des missions. Plutôt que de les faire transiter par leur micro-entreprise (ce qui augmenterait artificiellement leur chiffre d’affaires, sans possibilité de récupérer la TVA et avec des cotisations URSSAF sur des dépenses qui ne constituent pas un revenu) ces achats peuvent être assumés par le GIE. Ce dernier pourra, si son activité est assujettie à la TVA, la récupérer sur les dépenses engagées. Le micro-freelance n’est ainsi pas pénalisé par son régime et le coût réel du projet est rationalisé. Au-delà des projets, le GIE permet également de mutualiser des outils ou des ressources (hébergement web, logiciels professionnels, assistance administrative, communication). Là où un indépendant supporte seul l’intégralité de ses charges, un collectif peut les répartir, ce qui réduit le poids individuel des dépenses.Les avantages : crédibilité, fluidité et optimisation
Les freelances qui rejoignent un GIE le font rarement par pure opportunité juridique : le bénéfice est d’abord économique et opérationnel. La structure améliore l’image et la solidité perçues par les clients, ce qui ouvre l’accès à des appels d’offres ou à des projets pluridisciplinaires habituellement inaccessibles en solo. Ils conservent leur liberté, leur marque, leur clientèle et leur régime fiscal, ce qui constitue une différence majeure avec la création d’une société commune. Ils disposent en même temps d’un cadre collectif pour négocier, produire et facturer. Pour un freelance déjà bien établi, le GIE devient un accélérateur, pas un substitut à son activité.Les limites : responsabilité, organisation et discipline financière
Tout n’est pas pour autant parfait et le GIE n’est pas une solution magique. Il implique d’abord une responsabilité solidaire et illimitée des membres : si le GIE s’endette et ne peut pas payer, les créanciers peuvent se retourner contre chacun d’eux. Cette réalité oblige à choisir ses partenaires avec soin, et à prévoir des règles de gouvernance claires. Ensuite, même s’il est plus souple qu’une société, le GIE reste une structure à part entière. Il doit tenir une comptabilité, disposer d’un compte bancaire séparé et organiser les flux internes (factures membres, refacturations, achats, TVA, répartition des charges). Le collectif doit donc s’accorder sur la manière de décider, de signer des contrats, de dépenser ou d’engager le groupement. Sans cette discipline, l’outil devient source de frictions plutôt que de progrès. Enfin, le GIE ne convient pas à tous les collectifs. Ceux qui souhaitent créer une activité commune à part entière, lever des fonds, salarier leurs membres ou protéger strictement leur responsabilité auront intérêt à envisager une SAS, une SCOP ou une autre forme juridique. Le GIE brille lorsqu’il sert à renforcer des activités existantes, pas à en remplacer une.Le rôle clé de l’expert-comptable dans la réussite d’un GIE
Dans la pratique, un GIE ne se limite pas à une construction juridique : sa viabilité repose largement sur la qualité de son pilotage comptable et fiscal. L’expert-comptable y joue un rôle central, bien au-delà de la simple tenue des comptes. Il sécurise les flux entre le GIE et ses membres, clarifie le traitement de la TVA, accompagne la mise en place des refacturations internes et aide à définir un modèle économique cohérent pour le groupement. Dans notre cas, l’accompagnement du cabinet d'expertise comptable LITA à Besançon a été déterminant pour structurer le fonctionnement du GIE, anticiper les points de vigilance et éviter des erreurs fréquentes chez les collectifs de freelances. Cet appui permet de transformer un GIE en véritable outil de développement, maîtrisé sur le plan financier, conforme sur le plan réglementaire et lisible pour l’ensemble des membres. S’entourer d’un expert-comptable impliqué n’est donc pas un confort : c’est un facteur clé de pérennité.
Ce qu’il faut retenir
Pour des freelances qui travaillent déjà ensemble, le GIE constitue une réponse pragmatique au dilemme « chacun pour soi ou société commune ». Il combine :- l’autonomie individuelle,
- la force collective,
- la clarté contractuelle,
- et une optimisation raisonnable des flux financiers.
